Le Brexit, l'Empire Mol et l'inversion de polarité impériale

Banquet de l'été 2015 : pourquoi il est légitime d'évoquer une "continuité ontologique" entre l'Union soviétique dissoute en décembre 1991 et l'Eurogermanie fondée deux semaines plus tard par le traité de Maastricht. Le statut du livre dans les phases de refondations impériales vs celui qui est le sien en phase de "royaumes combattants", en Europe comme en Chine.

Le Brexit, l'Empire Mol et l'inversion de polarité impériale

Messagepar Francis Marche » Mar 18 Juil 2017 14:40


Le 24 juin 2016, le Brexit a été voté, cependant que les Londoniens ont voté pour un maintien dans l'UE :

La capitale britannique, on le sait, a voté massivement en faveur du Remain. On ne pouvait guère s'attendre à autre chose de la part de la ville aux 100 nationalités, qui abrite la City, un très fort Londonistan et dont le nouveau maire est musulman.

S'étonnera-t-on dans ces conditions d'apprendre que, dès ce jour, une campagne est lancé pour.... l'indépendance de Londres du R.U. et le maintien de cette ville dans l'Union européenne ! #IndependenceForLondon

Tout ça, c'est à cause du Brexit comme dit mon fermier en grande conversation avec ma concierge et se faisant l'écho des médias autorisés. Je pense pour ma part que l'Union européenne, de par sa seule existence, bafoue l'unité intrinsèque des nations et en fait se disjoindre les composantes infranationales et que le Brexit n'est que l'accident qui déclenche la manifestation de cette force silencieuse qui veut l'éclatement et la dislocation et le démembrement d'un pays comme le Royaume-Uni ; que si une inondation se déclare dans la soupente ce n'est pas à cause d'une fissure dans le toit mais à cause de la force de l'orage ; que la fissure sans orages persistants ne fait rien, n'est cause d'aucune inondation mais qu'en revanche la répétition des orages avec vents violents peut user la structure et faire apparaître des fissures et des avaries et endommager l'intégrité du bâti et enfin causer l'événement inondation. Et que par conséquent, cette force de l'orage est bien la cause efficiente de l'inondation et non la fissure dans le toit, circonstance ancillaire et elle-même conséquente de la cause première; que, donc, ce n'est pas le Brexit, ni le premier ministre Cameron qui défont le Royaume-Uni mais bien l'Union européenne, dont l'existence applique une poussée permanente sur l'édifice national qu'elle met en péril. Mais devant leur expression hébétée je prèfère continuer ma promenade dans le jardin, ma canne à la main, churchilliennement, vers les hortensias, resplendissants en cette saison.

Cela contre J.K. Rowling, l'Ecossaise auteur de la saga Harry Potter qui twitte comme ma concierge ou son fils trisomique que le Premier ministre Cameron restera dans l'histoire comme l'homme qui a défait deux Unions en un seul jour (l'Union européenne et le Royaume-Uni).

Voilà comment l'élite intellectuelle pense en 2016, dans l'Europe de l'Empire Mol. Comme si Descartes ou Leibniz n'avaient jamais existé. Comme des pieds.

(...)
Ce qui ne laisse de fasciner (mais apparemment qui ne fascine que moi) : que jusqu'à la création de ce machin, l'Union européenne, en 1992, les nationalismes en Europe étaient, par toute l'élite européenne, cotés plus plus plus, et jusqu'à celui de l'IRA en Irlande du Nord, ils étaient parés à leurs yeux de toutes les vertus : ils faisaient trembler le Goliath russe en Hongrie, à Prague, à Gdańsk en Pologne, le perfide empire britannique en Irlande, à Chypre et ailleurs, en Algérie, ils faisaient s'effondrer l'empire français honni de tout le Faubourg-Saint-Germain, Montparnasse et la Montagne Ste-Geneviève. L'élite pensante de l'Europe était partout pro-peuple et pro-nations, pro-émancipation des peuples dans et par leur nation dressée contre les Empires et les Grandes puissances. Ce que faisait Cuba était le Bien parce que Castro faisait trembler l'empire Américain, comme était le Bien ce que faisaient les Afghans contre les Russes, etc.

Or voilà que l'Empire Mol officiellement fondé, cette mythologie, ce culte aux nationalismes émancipateurs contre les empires, est devenu, en Europe tout particulièrement, le Mal absolu, il est méprisable, il est facho, arriéré, stupide, il est "sulfureux" et il est partout jugé intellectuellement crasse de s'en revendiquer, bref, il fait honte au genre humain.

Le paradigme a basculé : alors que les eurosceptiques polonais, tchèques ou hongrois sont les mêmes nationalistes, parfois les mêmes acteurs historiques (p. ex. Lech Walesa) qui s'étaient dressés, pour certains les armes à la main, contre l'Empire russo-soviétique et ses valets, voilà tout à coup ces braves, ces vénérables être devenus des croquemitaines, des plus-qu'à-demi-fachos, des dinosaures, des cul-terreux de la politique, des ennemis du genre humain. Le paradigme a basculé parce que l'Empire a déménagé : il est désormais chez nous ; il est nous ; il s'incarne dans nos institutions supranationales et les mêmes valeureux qui en Pologne, et dans d'autres pays de l'Est, avaient mérité notre soutien engoué à leur cause anti-impérialiste dans les années 70 et 80, et qui depuis cette époque n'ont changé en rien leurs systèmes de valeur, leurs convictions nationalistes profondes, alors qu'ils sont restés sur ce plan immuables, se trouvent tout à coup du mauvais côté de la barrière qui sépare le Bien du Mal et se prennent à sentir mauvais, le rance, le pas-cool, le pas-présentable ; disons le mot sale par excellence : ils sont devenus des populistes, et certains sont même cathos! rendez-vous compte !

C'est que l'Empire Mol voit en eux le même ferment de subversion de ses projets que l'Empire Dur (Russo-soviétique) percevait en eux. Essentiellement, le nationalisme est le Bien quand il se dresse contre un empire qui n'est pas le nôtre. Les nations, c'est très bien, tant qu'elles ne gênent que des visées impériales autres que les nôtres.

Fasciné disais-je par deux traits : cette inversion de statut du nationalisme en Europe a été aussi brutal que total mais surtout, il ne semble pas affleurer aux consciences intellectuelles de notre temps dans l'Europe de l'Empire Mol.

Koestler disait des sciences qu'on ne peut penser l'évolution d'un paradigme dans ce domaine qu'en-dehors du paradigme. Il semble bien que cela soit applicable au paradigme politique : le néo-empire installé, les consciences ne perçoivent rien des changements qu'il a introduits dans les modes de pensée et de jugement sur des objets aussi déterminants et de poids aussi immense que les nations et le nationalisme. Personne ne semble voir que toute la haine du monde est désormais concentrée dans la pensée et l'action des No-Border, par exemple, qui sont à l'Empire Mol ce que les Cosaques étaient à l'empire Russe ou les S.A. au troisième Reich.

Quand le nationalisme hongrois, tchèque ou polonais dérangeait l'empire russo-soviétique, il était à embrasser sur la bouche – ceux qui ont connu le début des années 80 se souviennent peut-être de Radio Solidarnosc, à Paris, qui regroupait tout ce que la capitale pouvait compter de belles âmes vibrant à l'émancipation des peuples de l'Est en marche vers la liberté.

Quand le même nationalisme hongrois, tchèque ou polonais, fidèle à lui-même, dérange l'Union européenne dans ses menées politiques et démographiques antidémocratiques et piétinant les intérêts des peuples, il est jugé, par les mêmes belles âmes parisiennes, nauséabond.

J'en déduis que l'Union européenne est un néo-empire, ectoplasmique et mol mais suscitant les mêmes émois politiques chez les amoureux du Bien, si ce n'est que cet émoi est de polarité inverse à celle de 1980 du fait que ceux-ci se situent désormais à l'intérieur de son camp.

"Vote London Back in !" : L'histoire s'accélère, les amis, à une allure que ni vous ni moi, même dans mes pires délires, n'avait soupçonnée : voici le maire musulman de Londres qui se voit invité à diriger un nouveau pays au sein de l'Union européenne. N'en doutons pas, certains de ces correligionnaires voient là une "opportunité historique"... de créer un petit Kosovo sur la Tamise :

«Monsieur le maire Sadiq, ne préféreriez-vous pas être le président Sadiq? et rejoindre l'Union Européenne, en étant également membre de l'espace de Schengen?».

Ce n'est pas plus une plaisanterie que ne l'est la victoire des partisans du Brexit au referendum d'hier :

"Un appel qui n'est passé inaperçu sur la toile. En quelques heures, la pétition a récolté près de 50.000 signatures et ce chiffre progresse de minutes en minutes!", voit-on annoncé dans les colonnes du Figaro.

Ah les joies renouvelées d'une petite guerre bosniaque dans les Home Counties que tout cela nous promet ! avec à la clé un petit Londonistan indépendant... dont le drapeau en couronne d'étoiles sur fond bleu s'ornera du croissant mahométan en son coeur, en reconnaissance éternelle à l'Union européenne qui, par vengeance contre les Brits, l'aura aidé, à coup de subventions, à se fonder !

Bientôt une Place Maïdan dans le coeur de Londres ?

Ca se pourrait. Voir cette vidéo du Figaro.fr au titre "Les supporters (sic!) du "Remain" manifestent à Londres" (Le Figaro ne connaît pas le mot "partisans")

C'est M. Juncker qui doit jubiler, lui si prompt à envoyer de l'argent aux "révolutions colorées" pro-UE minoritaires partout où elles se manifestent.

Il est sidérant de voir ainsi sous la pression morbide des volontés sourdes de l'empire Mol, s'opérer la reconduction à l'identique, dans des formes atténuées et symboliques, certes, mais tout de même, des grandes manifestations pro-européistes d'Ukraine qui précèdèrent la sédition, puis la guerre civile et la sécession dans ce pays. C'est que, voyez-vous, doit penser à haute voix le Vizir de Bruxelles s'adressant à sa Chancelière : les populistes anglais, ça doit être un peu comme les populistes russes, anti-Bien, nauséabonds et tutti quanti, si on s'y prend bien, on peut, depuis Londres, leur balancer une révolution colorée dans le genre hyper-cool et vivrensembliste et avec l'aide de la caisse noire que nous tient Georges (Soros) à disposition, on devrait arriver à renverser la vapeur.

- Je crains que ce ne soit pas possible cette fois mon petit Jean-Claude
- Ah oui, bien sûr, le vote démocratique, la souveraineté du peuple, tout ça... bien sûr.. mais est-ce qu'on pourrait pas...
- Vous n'y êtes pas mon petit Jean-Claude, c'est Georges qui peut pas.
- Qwap ?! il nous lâcherait c'ui là au moment où on a le plus besoin de lui ?
- Non. Il a raté son coup ce vendredi. Il avait misé sur une chute de 20 pour cent du Sterling et il a eu une paume de 4 milliards. Il est à sec.
- Pûûûtain d'annus horribilis Angela ! P'tain j'y crois pas...!
- P'tain d'horribilis quoi Jean-Claude ? Surveillez votre langage mon petit vieux, c'est pas le moment de me mettre en pétard...
- Je voulais dire c'est shakespearien ce qui nous arrive quoi Merdre !

« Je ne pensais pas que mon vote compterait autant que ça parce que je pensais que le maintien l’emporterait. La démission de David Cameron m’a surprise », a ainsi déclaré en direct sur la BBC un certain Adam, citoyen de Manchester, se disant « choqué » du résultat

Et Eve de lui faire écho : "c'est vrai que perso j'ai été vachement choqué et surpris. C'est clair que mon professeur de maintien m'avait pas franchement préparé quoi"....
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Francis Marche
 
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